• Théodore Otzenberger

L’inflation, l’or et le Bitcoin

Dans une économie de marché, les prix des biens et des services varient. Certains augmentent, d’autres diminuent. Si ces fluctuations sont, au cas par cas, imprévisibles, il est fréquent de constater une hausse globale des prix : c’est l’inflation. Moteur de l’économie d’un côté, force d’érosion de la monnaie de l’autre, elle est un phénomène ambivalent contre lequel les ménages cherchent à se protéger. Mais comment ?


Le concept de monnaie


De tout temps, l’Homme a utilisé la monnaie. L’idée est simple : se mettre d’accord sur un objet, un concept, qui peut être échangé contre d’autres biens. Ce concept de monnaie permet par exemple d’économiser : même si je n’ai pas besoin de cette monnaie tout de suite, je pourrai l’utiliser plus tard. Pour en saisir pleinement l’intérêt, il faut que tout le monde accepte cette monnaie. Et ses intérêts sont évidemment multiples : on peut aussi par exemple se spécialiser dans un domaine, vendre le fruit de son travail spécialisé, et donc avoir une “société” diversifiée et performante.


Tout semble pouvoir être utilisé comme monnaie, mais tout ne semble pas efficace. Aisément, on imagine quelques “bons” critères : une conservation de son intégrité dans le temps, une transportabilité facile dans l’espace, et une quantité limitée pour ne pas avoir de réplication trop simplement.


En effet, si du jour au lendemain, la masse monétaire augmente dans la société, pour la même production de biens, le rapport en l’offre et la demande s’en trouve altéré, aboutissant finalement et logiquement à une augmentation des prix. On se retrouve dans une situation où tout coute plus cher. Non pas que la monnaie a perdu de sa valeur : mais cette valeur a été transférée, divisée parmi les nouveaux éléments de monnaie.


L’or comme monnaie durable


Historiquement, beaucoup d’objets ont été utilisés pour faire office de monnaie : des pierres, du sel, des perles. Mais l’objet qui a le mieux fonctionné est l’or, plus encore que toutes les autres pierres précieuses.


On en trouve un peu partout dans le monde, il se transporte facilement dans l’espace et très bien dans le temps, il est difficile à extraire - donc peu de quantité s’ajoute chaque année, on ne peut en miner suffisamment pour faire chuter son prix de manière significative. Fort de toutes ces qualités, l’or devient alors la “monnaie parfaite”, utilisée à travers le monde.


Pour simplifier davantage encore le transport de sa valeur dans l’espace, les peuples se sont mis à échanger des morceaux de papier - des billets - représentant chacun une certaine quantité d’or. Au début du XXème siècle par exemple, un franc français représente 0,29 grammes d’or, tandis qu’un mark allemand en représente 0,36. L’utilisation de billets comme proxy permet de fluidifier les échanges, et, backées par l’or, les conversions sont extrêmement simples à réaliser : tout se développe vite, la société atteint des niveaux d’innovation sans précédent.


Néanmoins, ce système repose sur une confiance aveugle aux autorités bancaires, détentrices des réserves de notre métal précieux préféré : chaque billet émis est dit représenter une partie de l’or détenu. Bien qu’il se pourrait que le système financier mette en circulation plus de billets que ses véritables réserves d’or...


Les limites du système


Le 29 juin 1914, l’archiduc François Ferdinand est assassiné à Sarajevo. La hache de guerre détérée, les gouvernements doivent financer une guerre. Mais une guerre, ça coûte cher. En prenant la décision d’utiliser l’inflation, en créant donc plus de monnaie à mettre en circulation que ce que les réserves d’or permettent, les gouvernements déstructurent le système financier sur lequel était basée l’économie, utilisant alors la valeur même de la monnaie détenue par son peuple pour financer les évènements.


La fin de la Première Guerre Mondiale laisse place à une Europe meurtrie, où les échanges internationaux ne sont plus possibles économiquement : les conversions entre monnaies, ne représentant plus une valeur indéxée sur l’or, deviennent impossibles. Et alors qu’européens tentent de mettre en place des accords devant rétablir l’ordre économique international, la Seconde Guerre Mondiale explose.


Les États-Unis, Bretton Woods


Les États-Unis ressortent grands gagnants de cette guerre. Affirmé première puissance mondiale, le pays de Roosevelt tire profit d’une Europe en sang, imposant sa gestion de l’économie à l’échelle mondiale : son économie, la plus forte, utilise le dollar, lui-même indéxé sur la réserve d’or américaine. Imposant l’indexation des monnaies sur le dollar, les États-Unis assurent que chaque dollar créé correspond à une partie de l’or se trouvant dans leurs coffres. Ce sont les accords de Bretton Woods. Accompagnés par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, les accords de Bretton Woods régissent le système financier global, instaurent un nouvel ordre mondial.


Mais quelques années plus tard seulement, en 1950 puis en 1955, les USA partent en guerre en Corée et au Vietnam. Et une guerre, ça coûte cher. Mais, cette fois encore, les États-Unis assurent n’émettre des dollars qu’en fonction de leurs réserves d’or.


Le 4 février 1965, le président Charles De Gaulle déclare :

Le fait que beaucoup d’Etats acceptent, par principe, des dollars au même titre que de l’or pour les règlements des différences qui existent à leur profit dans la balance des paiements américaine, ce fait entraîne les Américains à s’endetter et à s’endetter gratuitement vis-à-vis de l’étranger, car ce qu’ils le lui doivent, ils le lui payent, tout au moins en partie, avec des dollars qu’il ne tient qu’à eux d’émettre. Étant donné les conséquences que pourrait avoir une crise qui surviendrait dans un pareil domaine, nous pensons qu’il faut prendre les moyens de l’éviter. Nous estimons nécessaire que les échanges internationaux soient établis comme, c’était le cas avant les grands malheurs du monde, sur une base monétaire indiscutable et qui ne porte la marque d’aucun pays en particulier. Quelle base ? En vérité, on ne voit pas qu’il puisse y avoir réellement de critères, d’étalon autre que l’or.

Le Général De Gaulle envoie alors la Marine Nationale échanger cent cinquante millions de dollars contre leur équivalent en or.


Dans son sillage, de nombreux pays souhaitent désormais convertir une partie de leurs dollars en or. Mais les quantités de dollars représentaient en fait - avec trop peu de surprise - bien plus que les réels stocks d’or américains.

Alors, en 1971, le président Richard Nixon prend la parole :

J'ai demandé au secrétaire Connally de suspendre temporairement la convertibilité du dollar en or. La force d'une devise nationale dépend de la force économique de la nation en question. Et l'économie américaine est de loin la plus forte au monde.

Cette “interruption momentanée de la convertibilité du dollar en or” est toujours d’actualité aujourd’hui.

Pour d’autres graphiques : https://wtfhappenedin1971.com/

Sans cesse plus d’argent mis en circulation que de bien créés : c’est l’inflation. Et bien que l’inflation permette de financer des projets dont toute la société profite, elle impose à l’épargne bancaire d’être sans cesse dévalorisée.


Le Bitcoin dans tout ça ?


L’inflation, comme nous l’avons vu, incite à la dépense plutôt qu’à l’économie en dévalorisant l’épargne bancaire. L’achat d’actifs est la solution utilisée pour sécuriser son épargne ou la faire fructifier - au moins autant que l’augmentation des prix. Mais les marchés financiers ou de l’immobilier présentent les inconvénients d’être parfois peu accessibles, et une nouvelle fois indéxés sur le dollar américain.


La solution de l’or comme monnaie perd avec le temps une partie de son sens, le métal précieux étant notamment de plus en plus simple à extraire grâce à l’évolution des méthodes et des machines.


Pourtant, l’idéal reste d’avoir une monnaie indéxée sur un objet dont la réserve ne peut pas augmenter indéfiniment, ni de manière soudaine et conséquente. Et si la condition semble inaccessible naturellement, ce n’est pas le cas pour un actif digital. C’est là qu’interviennent la Blockchain et le Bitcoin.


La technologie Blockchain permet de raréifier un bien digital, et permit à Satoshi Nakamoto de créer une monnaie digitale dont la quantité est strictement limitée. Vingt et un millions de Bitcoin, et pas un de plus : c’est la quantité totale de Bitcoin qu’il sera, à terme, possible de mettre en circulation.


Le Bitcoin, cette monnaie, cet or digital, répond au problème de l’inflation, et sert désormais de valeur refuge à nombre de citoyens à travers le monde.